Concombres et Colibacilles : métissage de bactéries humaines et animales

La Tribune de Genève du vendredi 3 juin (p. 7) proposait l'hypothèse suivante: "Il ne s'agirait pas d'une simple mutation de l'E. coli entérohémorragique O104:H4 (Ehec), particulièrement agressive et rare, détectée en 2001 chez deux malades à Cologne, mais d'un "croisement de deux bactéries" dont la résistance aux antibiotiques a été décuplée." Et dans son numéro du vendredi 10 juin (p.6), ce quotidien suisse confirme qu’« il s’agit d’un croisement de souches originales. L’une des deux serait quasi-identique à une bactérie de type « Eaec » détectée en Centrafrique, qui niche dans le système digestif humain. »

turista.jpg

La souche des colibacilles Eaec est en effet celle de la « tourista » bien connue des migrants et autres touristes plus ou moins permanents:

diarrhée.JPG

La Tribune de Genève précise donc que cette souche Eaec  « se serait accouplée avec la bactérie Ehec et serait ainsi coupable du syndrome entérohémorragique (SHU) qui paralyse le système rénal, s’attaque aux systèmes digestif et cérébral du malade. (…) L’université de Münster conforte cette thèse en affirmant que l’E.coli Ehec SHU 41 n’a jamais été localisée dans les systèmes digestifs animaux. Ce serait donc le défaut d’hygiène sur les lieux de travail et d’empaquetage des légumes qui serait la principale cause de l’épidémie. »

Il s’agit maintenant de trouver l’origine de chacune des 2 souches qui se sont appariées lors de ce métissage entre bactéries humaines et animales. Si en effet la bactérie Eaec est typiquement humaine, la bactérie Ehec se développe dans les intestins d’animaux. Il ne suffit donc pas d’éradiquer la première sans s’interroger sur l’origine de la seconde, ce qui à l’évidence met aussi en cause l’élevage industriel et ses purins utilisés comme engrais.

A propos de « La crise du concombre » (Tribune de Genève, 1-2 juin, p. 11), il faut remarquer qu’en Allemagne et alentours, on a la bizarre habitude de couper les concombres crus en rondelles sans les éplucher, ce qui à mon avis en dénature le goût et n’est pas hygiénique.  Par ailleurs, la souche tueuse O104 :H4, « qui sévit dans le nord de l’Allemagne » est sans doute un sérotype mutant de la souche O157 :H7 de ce colibacille qui, le 11 août 2001 dans le Wisconsin, a tué le petit Kevin Kowalcyk (32 mois) qui avait mangé de la viande hachée grillée au barbecue, comme William Reymond le raconte dans son livre « Toxic » (Flammarion).

En décembre 1981, après avoir mangé dans le McDonald’s de White City (Oregon), 40 Américains ont été contaminés par O157 :H7. En 2006, on a trouvé O157 :H7 dans des épinards crus ; puis dans des poivrons verts de la chaîne Taco Bell. Aux Etats-Unis, cette souche est depuis longtemps un danger public car elle contamine 73 000 personnes et en tue 61 en moyenne chaque année (Toxic, p. 248). William Reymond explique que ces colibacilles sont favorisés par « la soupe hautement acide » due à la fermentation du maïs dans le petit intestin des bovins, dont « le système digestif n’est en rien conçu pour une alimentation à base de maïs ».

TG060611.jpg

NOTE - Une thèse conspirationniste circule actuellement (dont il existe une traduction française approximative) selon laquelle cette bactérie tueuse aurait été produite délibérément afin d'apeurer et d'affaiblir les populations en les incitant à rejeter les aliments végétaux et à se rabattre sur les aliments industriels. La preuve invoquée est que cette bactérie, « qui résiste à 8 antibiotiques existants, ne peut s’être développée naturellement et qu’elle ne peut donc provenir que d'un laboratoire ».

SuperBug.JPG

ColiArtificielle.JPG

A mon avis cependant, les mutations et résistances de la souche O104:H4 peuvent très bien s'être produites semi-artificiellement, au fur et à mesure que ces huit antibiotiques (ainsi que bien d’autres en fait) ont été administrés à des êtres humains et à des animaux sans autre intention cachée que de faire du profit par les classiques méthodes d'élevage industriel si bien décrites dans le livre de William Reymond, « Toxic ».

Cette hypothèse me paraît en tout cas plus vraisemblable car elle tient compte de l'extraordinaire flexibilité génétique des bactéries, dont les variations morphologiques soulèvent le conflit fondamental entre la thèse du monomorphisme (théorie du physicien-chimiste Louis Pasteur, toujours enseignée car tenue pour parole d'évangile) ou du pléomorphisme bactérien (thèse du professeur Antoine Béchamp). L'adaptation des micro-organismes à leur environnement ou substrat explique leur variabilité selon le terrain biologique, ce qui a fait dire à Béchamp la fameuse maxime: "Le microbe n'est rien, le terrain est tout"!

En revanche, je tiens à rappeler que notre organisme est tout à fait apte à éliminer de lui-même ces bactéries si nous lui permettons de normaliser notre flore intestinale, laquelle devrait être majoritairement constituée de lactobacilles, dans un intestin légèrement acide (et non pas alcalin, ce qui favoriserait les bactéries de décomposition). Les bacilles utiles se trouvent par exemple dans les aliments lacto-fermentés (yaourts, choucroute crue et autres cornichons), sans parler des vertus antibiotiques de l’ail et de l’oignon, pour ne citer que ces aliments de base.

(à suivre)

DB