Ce texte a été publié par la Tribune de Genève en date du 18 décembre 1997 (page 45) sous le titre suivant:

"Une hypothèse pour comprendre l'imbroglio algérien"


Permettez-moi de vous féliciter pour votre article d'hier (Tribune de Genève du 20 novembre, page 8) et pour la page entière que vous avez consacrée le 22 octobre au drame des massacres en Algérie. Le rapprochement de ces informations permet d'énumérer plusieurs certitudes à partir desquelles un début d'explication pourrait être dégagé:

· les grandes entreprises nord-américaines contrôlent la production de pétrole et de gaz. Les rentrées d'exportation correspondantes ont atteint 15 milliards de dollars, alors que la dette nationale de l'Algérie était de 40 milliards de dollars au début des années 90 (d'après Gérard Le Roux, GHI, 9/10/97, p. 27);

· le président Zéroual, associé aux vieux généraux du FLN, est en opposition ouverte avec les jeunes officiers "qui n'ont pas leur part du gâteau et la veulent" (GHI 9/10/97) et avec le chef d'état-major, Mohamed Lamari (TdG 20/11/97);

· les partis d'opposition (autres que le RND/FLN) ont été empêchés de se présenter aux élections municipales du 23 octobre dernier (TdG 22/10);

· le gouvernement algérien, soutenu sans réserve par celui des Etats-Unis, met en œuvre la politique nord-américaine du FMI (privatisation du domaine national, en particulier celle des riches terres de la Mitidja);

· le "triangle de la mort" (Boufarik/Blida/Sidi-Moussa) se trouve au coeur de la Mitidja;

· ces terres sont exploitées par des coopératives de paysans;

· ces terres ont été vaguement promises, par le gouvernement algérien, aux coopératives d'une part et aux vieux combattants du FLN d'autre part;

· les riches marchands de Blida et les intermédiaires agricoles s'intéressent également à ces terres et auraient fait supprimer des syndicalistes (communistes) qui tentaient de faire valoir les droits des coopératives de paysans.

[De tous ces éléments (extraits des articles susmentionnés), ressort logiquement l'hypothèse suivante:] la privatisation des terres[, encouragée par les nouveaux maîtres américains du pétrole et par le FMI en vertu de la pensée unique du libéralisme sauvage (politique "du renard dans le poulailler" ou du retour à la loi de la jungle),] suscite un conflit de convoitises entre 1) les paysans exploitants, plutôt dans l'opposition de gauche; 2) la mafia des grands intermédiaires agricoles et des riches marchands, plutôt dans l'opposition de droite; 3) les vieux combattants du FLN, soutenant le parti officiel; 4) les jeunes officiers, qui voudraient le pouvoir. Le massacre systématique et planifié des paysans par des fanatiques stipendiés ("les fâchés d'Allah" à l'index coupé, mercenaires manipulés, payés et drogués) permet à la mafia de faire le vide pour racheter les terres. La vieille clique "FLN" de l'armée laisse faire pour récupérer aussi ces terres (qui lui ont été promises) tout en voyant se résoudre le problème de l'opposition politique des coopératives. Et la jeune clique militaire voit dans la déstabilisation du régime la possibilité de se rapprocher des commandes et de prendre sa part du gâteau pétrolier, autrement plus important que celui des terres agricoles… Cui prodest?

(les passages entre crochets ont été censurés par la Tribune de Genève). Pour plus de renseignements, je vous suggère de cliquer sur les deux liens suivants et de les explorer systématiquement: le site des groupes algériens souterrains ainsi que le site des intellectuels français pour la justice.